le prix Goncourt Mohamed Mbougar Sarr fait polémique au Sénégal

L’écrivain ne fait pas l’unanimité dans son pays en raison du regard cru posé par son précédent livre sur l’homophobie qui y sévit, ainsi que pour sa critique de l’influence religieuse sur la politique sénégalaise.

La communion nationale a laissé place à une vague homophobe. Moins d’une semaine après avoir été récompensé, mercredi, du prix Goncourt pour La plus secrète mémoire des hommes , paru chez Philippe Rey, l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr fait l’objet d’une campagne de dénigrement dans son pays de naissance où il lui est reproché d’avoir fait l’apologie de l’homosexualité. Acclamé dans un premier temps au Sénégal pour son triomphe littéraire, l’enfant du pays suscite depuis quelques jours des commentaires moins laudatifs, voire franchement hostiles, de la part d’une partie de ses compatriotes, sur les réseaux sociaux, où les louanges ont laissé la place à une vague de messages épinglés de la formule «Félicitations retirées».

Une volte-face mise sur le compte du précédent livre de Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes (Philippe Rey, 2018). Parfois confondu par les internautes avec l’ouvrage primé cette année par l’académie Goncourt, le livre raconte l’histoire d’un professeur de lettres confronté à la violence ordinaire de l’homophobie, rampante au Sénégal. Un entretien accordé par l’écrivain au journal Le Monde , en 2018, est également sous le feu des critiques. «Un bon homosexuel au Sénégal est soit un homosexuel qui se cache, soit un amuseur public, soit un homosexuel mort, y avait déclaré l’auteur, avant de se désoler de l’abandon politique vis-à-vis des communautés LGBT du pays, depuis plus d’une dizaine d’années. Malheureusement, le pouvoir religieux a une emprise très forte sur les esprits. Même les hommes politiques ou les universitaires doivent avant tout faire allégeance au pouvoir religieux.»

Le tabou de l’homosexualité au Sénégal

Une position qui a fait réagir, au Sénégal, où fleurissent d’importantes confréries musulmanes. «Tout comme Diary Sow que les médias français cherchent à promouvoir à tout prix, ce monsieur constitue un parfait vecteur pour détruire nos cultures et croyances», déplore ainsi un internaute. «Je retire carrément mes félicitations et je le regrette énormément», affirme un autre, sur Twitter. Influente au Sénégal, où elle a pu faire censurer plusieurs séries populaires, l’ONG islamique Jamra a plus largement fait part de sa préoccupation concernant l’attribution du prix Goncourt à Mohamed Mbougar Sarr, en mentionnant sur Facebook une «hyper-médiatisation occidentale (suspecte)»

Désignés sous le terme péjoratif wolof de góor-jigéen (pour «homme-femme»), les homosexuels sont fortement réprimés au Sénégal, où tout acte «impudique ou contre nature» entre personnes du même sexe est interdit par le Code pénal. «Les homosexuels sont considérés comme des animaux qui n’ont pas le droit de vivre, qui n’ont pas le droit d’être dans la société sénégalaise. Ce sont des personnes à abattre», avait témoigné en mai dernier, pour Franceinfo, Djamil Bangoura, le président de l’association Prudence, consacrée à la défense des droits des personnes LGBT. «Au Sénégal, l’homosexualité n’est pas un débat. Les gens sont contre et c’est tout, a renchéri pour Têtu , à propos des critiques visant Mohamed Mbougar Sarr, un homosexuel persécuté qui a fini par quitter le Sénégal. Le simple fait d’aborder le sujet y est choquant, on le voit à travers cette polémique».

«Je ne sais même si j’ai quelque chose à dire à ce propos. Je suis un écrivain et je tente de faire mon travail comme écrivain, a réagi dès jeudi Mohamed Mbougar Sarr, dans un entretien accordé à ITV Sénégal. Évoquant «des malentendus, des incompréhensions», l’écrivain a affirmé respecter toutes les critiques, du moment qu’elle «fait l’effort d’être la plus juste possible». «Je demande simplement qu’on lise ce que j’ai écrit. Et qu’on sache lire, aussi. Savoir lire, c’est aussi quelque chose qui s’apprend.»

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