Radio Miraya renforce la confiance au Soudan du Sud, au milieu de la haine et de la désinformation |

Pour marquer la Journée mondiale de la radio de cette année, ONU Info s’est entretenu avec Gabriel Joseph Shadar, un producteur de radio sud-soudanais à Radio Miraya, sur le rôle important que la station joue dans cette jeune nation alors qu’elle se réadapte à la vie après l’événement historique de 2018. accord de paix, qui a formellement mis fin à cinq ans de guerre civile, mais reste fragile.

« Tous les Sud-Soudanais vous diront qu’ils aiment la radio, surtout ceux qui sont nés dans les années 60 et 70, avant les réseaux sociaux. Lorsque la mission de maintien de la paix de l’ONU est arrivée dans le pays, j’ai rejoint Miraya, et la radio est devenue ma vie au cours des 15 dernières années.

Au Soudan du Sud, une grande partie de la population vit dans les zones rurales, où il n’y a pas de service Internet solide, les journaux circulent rarement et il n’y a pas de couverture télévisée.

Alors, le moyen le plus simple pour s’informer c’est la radio : il suffit d’avoir des piles et c’est là. Vous pouvez écouter sur votre ferme, pendant que vous suivez votre bétail quelque part, et votre vie continue. Beaucoup de gens au Soudan du Sud ne savent ni lire ni écrire, alors ils comptent sur ce que nous diffusons.

© UNICEF/Helene Sandbu Ryeng

Écouter des émissions éducatives sur Radio Miraya

Informer, éduquer, divertir

Radio Miraya, de loin le plus grand réseau du Soudan du Sud, informe, éduque et divertit. C’est surtout en anglais, mais nous avons aussi des émissions en arabe, la lingua franca de la rue.

Nous nous assurons d’inclure les voix des gens normauxmais nous créons aussi un lien et une passerelle entre les fonctionnaires et les citoyens, pour permettre à ces derniers de recevoir des informations, et aux premiers d’avoir un retour d’information de ceux qu’ils représentent.

Nous couvrons un large éventail de sujets, y compris de nombreux sujets que d’autres stations de radio ne peuvent pas aborder ; de la politique au style de vie, aux problèmes de jeunesse et aux problèmes de genre. Nous avons aussi des débats sérieux tous les samedis.

70% de la musique que nous jouons est sud-soudanaise, et nous promouvons beaucoup de musiciens locaux, ainsi que des musiciens des régions voisines, d’autres régions d’Afrique et du reste du monde.

D’autres programmes présentent le travail des différentes unités de la mission. Par exemple, nous avons un programme dédié à la Police des Nations Unies et au travail qu’elle accomplit pour réduire la criminalité, et un autre sur la promotion de la paix et la résolution des conflits.

Il y a des émissions sur la santé, un programme pour les enfants, un forum des jeunes trois fois par semaine et des émissions consacrées aux femmes.

MINUSS/Isaac Billy

Radio Miraya est la station de radio de la MINUSS pour le Soudan du Sud

Promouvoir la paix, lutter contre les fausses nouvelles

La couverture de l’accord de paix reste une partie importante de notre production. Nous couvrons en direct les événements importants qui se déroulent au parlement, au palais présidentiel ou au Conseil des ministres, et nous emmenons les émissions-débats dans différentes régions, pour soulever des thèmes localisés.

Grâce à la station, de nombreux Sud-Soudanais ont pu comprendre le conflit, la mise en œuvre de l’accord de paix, la situation humanitaire, et ce qui se passe avec les droits de l’homme et la protection des civils.

Le discours de haine a été un problème majeur dans le conflit. Il y en a tellement, du bouche à oreille et aussi des réseaux sociaux, en particulier venant de la diaspora à l’extérieur du pays.

Nous devons l’aborder au jour le jour, et au cas par cas. Nous avons littéralement dû diffuser des informations contraires à ce qui prévaut sur les réseaux sociaux ou à ce qui se dit dans la rue.

Le discours de haine a atteint le niveau de certaines personnes créant de fausses pages Facebook de notre propre station, et nous avons dû contacter Facebook à plusieurs reprises pour les fermer.

Les créateurs de ces pages tiennent beaucoup de propos haineux, de propagande qui ne reflètent ni l’image ni la ligne éditoriale de la station. Les gens ont même pris des captures d’écran de fausses histoires sur les réseaux sociaux et les ont publiées sur notre page, en disant que nous les avons signalées.

De nombreux membres d’organisations et d’organismes de la société civile se sont consacrés à la lutte contre le discours de haine, et nous avons rendu compte de leurs activités, les faisant parler de la question à l’antenne.

Je pense que nous avons réussi, car nous restons, jusqu’à présent, l’une des stations de radio les plus fiables du pays. »

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