Après 10 ans de combat dans la brousse – il est temps de rentrer à la maison |

« J’ai épousé ma femme alors que je combattais dans la brousse. Une fois que nous avons eu un bébé, j’ai pensé que nous ne serions pas en sécurité, à courir d’un endroit à l’autre avec une famille, alors j’ai décidé de retourner dans mon pays d’origine, le Rwanda.

Jean-Nepo Mukeshimana, 26 ans, s’exprime au camp de transit de Munigi, près du nord de Goma, où il s’apprête à partir pour le Rwanda, après une dizaine d’années de combats dans les rangs de Raiya Mutomboki, un groupe armé basé à Kibabi, un village de la province du Nord-Kivu en RDC.

Né de parents rwandais qui ont fui le génocide de 1994, M. Mukeshimana est né en RDC. Quand il avait 16 ans, ses parents sont retournés au Rwanda parce que la guerre était finie, mais M. Mukeshimana est resté et a ensuite été recruté par Raiya Mutomboki.

« Pendant 10 ans, j’ai combattu dans la brousse, la vie était dure et nous ne pouvions rien faire pour gagner un revenu. Il sprintait d’un endroit à un autre tous les jours », dit-il.

Sa femme, Mapenzi Uwineza, 20 ans, qui dit que M. Mukeshimana lui a simplement ordonné de le suivre dans la brousse après leur mariage, convient que la vie était dure. « Quand nous avions besoin de nourriture, les combattants devaient aller piller, quel genre de vie est-ce ? Nous n’avions pas de serviettes hygiéniques, j’ai donc dû improviser avec de vieux morceaux de tissu. Et pendant que nos maris étaient absents, nous étions battues par les rebelles.

ONU/ Eskinder Debebe

Jean-Nepo Mukeshimana et sa femme

Préparations à la vie civile

Avec quatre autres ex-combattants masculins et leurs personnes à charge – deux femmes et cinq enfants – M. Mukeshimana a passé deux semaines dans le camp, dans le cadre du programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) de la MONUSCO en RDC, qui a été exécuté depuis 2013.

L’objectif de l’initiative est d’aider au rapatriement de tous les combattants étrangers et des personnes à leur charge dans le pays, de collecter et d’éliminer les armes et les munitions et de veiller à ce que les ex-combattants comprennent l’importance de la paix.

On s’attend à ce que les Rwandais du camp disent aux autres qui se battent encore dans la brousse qu’ils peuvent se rendre en toute sécurité et rentrer chez eux.
John Bashali travaille pour le programme DDR de la MONUSCO. Il dit que l’absence de papiers d’identité, exigés par les autorités de leur pays d’origine, dissuade de nombreux combattants de songer à rentrer chez eux.

Pour leur faciliter le processus, la MONUSCO aide les ex-combattants à remplir les formalités administratives. « Il y a un numéro de téléphone sur lequel ils peuvent nous joindre, avec le coût de l’appel payé par la MONUSCO », dit-il. « Après les avoir identifiés, ils sont transférés au camp de transit de Munigi prêts à être rapatriés ».

ONU/ Eskinder Debebe

Mukeshimana Jean-Nepo, un ex-combattant quitte la République démocratique du Congo, RDC pour le Rwanda avec le rêve de devenir footballeur international.

Apprendre à vivre sereinement

Créé en 2014, le camp fournit des produits de première nécessité comme des vêtements, de la nourriture, des kits sanitaires pour les femmes et un abri. Les ex-combattants ont accès aux informations et peuvent participer à des activités sportives.

Le centre leur fournit également des compétences de vie et une allocation pour les soutenir après leur retour à la maison. Une fois arrivés au Rwanda, les hommes passent deux à trois mois au camp de démobilisation de Mutobo, où ils acquièrent des compétences professionnelles, afin de pouvoir joindre les deux bouts une fois de retour dans leurs villages.

ONU/ Eskinder Debebe

Nizeyemukiza Anasthase (à gauche) est un ancien combattant du groupe armé Nyatura en RDC. Sa femme a été tuée par des rebelles dans la brousse. Il retourne chez ses parents et ses enfants.

Un nouveau chapitre

Alors qu’ils s’entraident pour emballer leurs affaires, M. Mukeshimana et ses camarades ex-combattants sont clairement ravis de partir pour le Rwanda.

« Je n’ai jamais eu une tenue aussi propre car dans la brousse, j’avais des poux sur tout le corps », raconte un jovial M. Mukeshimana, qui porte un ensemble de vêtements neufs fourni par la mission.

Avant de partir, un repas de riz et de haricots est servi. Ensuite, le groupe en attente monte à bord d’un minibus de l’ONU et commence leur voyage de Munigi à la frontière entre la RDC et le Rwanda.

Après une demi-heure de route, il est temps de dire au revoir à la RDC et de commencer un nouveau chapitre plein d’espoir dans leur vie.

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