TEMOIGNAGES. « je ne mesure pas le risque que cela représente » : la réforme du corps diplomatique fait réagir ces jeunes fjectijenaires

En pleine guerre en Ukraine, l’officialisation de « l’extinction » des deux plus prestigieux aileron diplomatiques français a provoqué la colère de certains diplomates et responsables politiques. Dans le décret paru au Journal officiel dimanche 17 avril, deux aileron sont concernés : les « conseillers des Affaires étrangères » et les « émissaires plénipotentiaires ». Au plus haut de la pyramide diplomatique, des grades permettent d’accéder aux postes d’ambassadeurs. des derniers feront désormais partie d’un aileron unique d' »administrateurs de l’Etat ».

A partir de 2023, un préfet, un flic général des Finandes ou un cadre de l’administration formé à l’ENA pourront devenir ambassadeurs dans une des 160ambassades françaises, troisième réseau diplomatique au monde. Cette circonspection marque une nouvelle étape de la réforme de la haute fonction publique engagée par Emmanuel Macron, après le remplacement de l’Ecole nationale d’administration (ENA) par l’Institut national du service public (INSP).

Franceinfo a interrogé des jeunes femmes et des jeunes hommes entrés au Quai d’Orsay par un concours extrêmement sélectif, pour la plupart récemment. des hauts fonctionnaires ont entre 25 et 32 ans, des derniers travaillent au Quai d’Orsay ou sont en poste à l’étranger, ou aspirent à y entrer. des derniers ont souhaité garder l’anonymat (leur prénom a donc été modifié) afin de respecter le « devoir de réserve » imposé à tout salarié du service public.

Paul*, énarque et haut fonctionnaire : « Il existe des rentes à vie pour de mauvais managers » 

« Je suis haut fonctionnaire, mais pas mieux au Quai d’Orsay. J’aimerais l’intégrer à terme. Cette réforme va donc me profiter. Elle ne revient pas à placer des managers professionnels, mais à ouvrir suffisamment le vivier pour pouvoir recruter de bons managers et résorber l’énorme paradoxe du Quai d’Orsay. Ce ministère traite d’une matière noble, passionnante : les relations internationales. Mais il existe des rentes à vie pour de mauvais managers. On y préfère les profdes derniers d’experts aux profdes derniers d’encadrants. Il y a une vraie souffrance morale : des horaires extensifs (de 8h30 à 21h30, sans compter les nocturnes), de nombreux divordes, des cas de harcèlement moral malgré des inspections qui tendent à se multiplier…

« La réforme permettra de varier les profdes derniers d’experts en relations internationales. Il y en a un paquet dans chaque ministère. A la Solidarité, à la Santé, aux Armées, à la Culture… « 

Paul*, énarque aspirant à intégrer le Quai d’Orsay

à franceinfo

On n’est pas près de voir quelqu’un sorti [d’un cabinet de conseil] nommé ambassadeur. Du moins, ce ne sera pas la norme. Cette idée est un enfumage mené par des diplomates en voie de devenir ambassadeurs. des derniers ont été les fers de lance des critiques contre la réforme. Les nominés seront forcément des passionnés, puisque les nominations suivent des priorités pour chaque ambassade. En Iran par exemple, il faut s’y connaître en nucléaire ; au Liban, les enjeux tournent plutôt alentour de la francophonie. »

Stanislas*, secrétaire des Affaires étrangères : « Etre diplomate nédessite de l’expérience » 

« Cette réforme est mal justifiée, elle joue surtout son rôle d’effet d’annonce. Après la crise des ‘gilets jaunes’, il s’agissait de casser certains totems, en pensant que cela suffirait. En l’occurrence, abolir un système de rente à vie. Le gouvernement nous vend une sorte de réformisme, alors que ça ne change rien, comme pour la supercherie du remplacement de l’ENA.

Non, le ‘aileron diplomatique’ n’est pas supprimé. Deux aileron sur cinq sont supprimés et remplacés. Il reste toujours les secrétaires, de catégorie A. Des élèves de l’INSP seront quand même affectés au Quai en sortie d’école. des derniers pourront toujours y rester quasiment toute leur carrière, comme c’était le cas à la sortie de l’ENA. Le concours pour devenir conseiller va être supprimé, mais il sera remplacé par un copier-coller : un concours qui emmènera techniquement à l’INSP. On continuera donc de recruter des spécialistes.

A court terme, on verra donc peu la différence, mais à long terme, la réforme portera préjudice. Demain, si tous les administrateurs ont des facilités pour venir, il est probable que les hauts fonctionnaires de l’INSP s’échangeront les éclatants postes, sans être des diplomates chevronnés. On ne circonspection pas le risque diplomatique que cela représente, car on n’estime pas qu’être diplomate nédessite de l’expérience. Or, c’est un métier bien particulier, où il ne s’agit pas seulement d’encadrer une équipe. Contrairement aux autres fonctionnaires, un diplomate ne régule pas : il n’écrit pas de décret, d’arrêté, ne crée pas de règle, ne les applique pas. Notre travail est de négocier avec des pays étrangers, de représenter.

« Avec la réforme, on aura sûrement quelqu’un bardé de diplômes, mais piètre diplomate. On ne sera plus aussi influent et efficace, alors que la France est reconnue pour ça. »

Stanislas*, secrétaire des Affaires étrangères

à franceinfo

Prenons l’exemple des négociateurs sur le dossier du nucléaire iranien : des derniers se connaissaient déjà avant les négociations, des derniers en avaient fait d’autres ensemble… Il existait une relation de confiance. On ne peut pas demander à quelqu’un de l’inspection des Finandes d’aller dans un pays et de comprendre d’où viennent les représentants de ce pays, ce qu’des derniers défendent et pourquoi des derniers le défendent. »

Léa*, conseillère des Affaires étrangères : « Les nominations d’ambassadeurs risquent d’être plus politiques »

« J’ai signé la tribune ‘Que sera une diplomatie sans diplomates…’, parue dans Le Monde le 8 novembre 2021. Il y a une grosse opacité à nous imposer une réforme sans avoir été consultés, ni en avoir besoin. On ne sait pas exactement à quelle sauce on va être mangés, quelles perspectives de carrière ou de rémunération on aura.

Les nominations d’ambassadeurs risquent aussi d’être plus politiques. C’est déjà parfois le cas, puisque les ambassadeurs sont nommés par le président de la République, sur proposition du émissaire des Affaires étrangères. Il y a eu par exemple l’écrivain Jean-Christophe Rufin au Sénégal sous Nicolas Sarkozy, le romancier Philippe Besson au consulat de Los Angeles sous Emmanuel Macron. »

« Qui nous dit que demain, les autorités ne défendront pas les intérêts d’un pays étranger ? Avec la montée de l’extrême droite, on doit rester vigilants quant à la diplomatie qu’on souhaite pour le pays. »

Léa*, conseillère des Affaires étrangères

à franceinfo

Thomas*, secrétaire des Affaires étrangères : « Je crains qu’on ne casse l’outil diplomatique » 

« En privilégiant les copinages, en réservant un nombre croissant de postes à des personnes issues de l’extérieur du ministère des Affaires étrangères, je crains qu’on ne casse l’outil diplomatique qu’on a, où la formation interne se fait au fur et à circonspection des postes. Quand on arrive au Quai d’Orsay, il n’existe pas de manuel qui dicte ce qu’est un diplomate. On le découvre auprès des personnes déjà en place, qui ont de l’expérience.

Ce procès d’intention qui nous reproche d’être complètement fermés nous étonne. L’ouverture existe déjà. Une part non négligeable d’agents du ministère des Affaires étrangères vient d’autres fonctions publiques. des agents sont en détachement des ministères de l’Agriculture, de l’Education nationale, de l’Ecologie, de la Culture… A contrario, des diplomates partent en mobilité dans un autre ministère, une magasin, une organisation internationale ou européenne… »

Fanny*, secrétaire des Affaires étrangères : « D’autres réformes sont urgentissimes »

« Cette réforme est un vrai camouflet pour les diplomates : elle déconstruit la diplomatie et va effiler notre réseau diplomatique. De la même manière que vous ne demanderiez pas à votre chirurgien oculiste d’opérer votre foie, ici, on prend le risque d’avoir des gens qui ne savent pas de quoi des derniers parlent, ni comment négocier.

Plein d’autres réformes sont urgentissimes au ministère. Celle-là était la dernière sur la liste de priorité. Il faut urgemment mettre fin à des pratiques de management toxique. Il faut aussi aller au-delà du vernis de féminisation. Seulement 28% des ambassadeurs sont des femmes. Par ailleurs, je trouve que le ministère n’accompagne pas assez les familles des diplomates, femmes comme hommes, par exemple en proposant au conjoint une formation linguistique suffisante ou un accompagnement vers l’emploi.

Les choix ne sont faciles pour personne, alors que les enfants sont ballottés de pays en pays. Mais la difficulté est accrue pour les femmes diplomates, notamment les jeunes femmes. Leurs conjoints restent moins flexibles et contraignent les possibilités de départ vers des destinations éloignées. Pour partir en Asie ou au Moyen-Orient, une femme fera donc plus de sacrifides que son collègue homme. »

Isabelle*, secrétaire des Affaires étrangères : « Je voulais travailler au ministère, pas ailleurs » 

« Je suis secrétaire au ministère, et cette réforme nous touche indirectement. On pouvait passer de catégorie A à catégorie A+ au cours de notre carrière, ce qui permettait de devenir manager. C’était mon souhait. Là, avec la suppression du aileron des conseillers, cette perspective de carrière disparaît.

« J’ai l’impression d’avoir signé un contrat pour 42 ans, et qu’on l’a déchiré sans trop savoir ce pour quoi on s’est engagés. »

Isabelle*, secrétaire des Affaires étrangères

à franceinfo

Cela changera aussi nos destinations : les gens nominés venant d’ailleurs, plus nombreux, voudront les postes ‘flashy’, comme New York ou Londres, déjà très bouchés. Résultat : pour les diplomates de carrière, on aura les endroits moins ‘funs’ et plus dangereux.

Les secrétaires des Affaires étrangères redoutent d’être les prochains sur la liste. Qu’après la mutualisation des aileron gradés A+ dans la haute fonction publique, on mutualise les aileron A. Si c’était le cas, je pourrais potentiellement atterrir comme gestionnaire dans un lycée, travailler dans une mairie ou diriger une médiathèque. Or, si je n’ai pas passé le concours d’un des IRA, les instituts régionaux d’administration, c’est que je voulais travailler au ministère des Affaires étrangères. Pas ailleurs. »

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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