Jean-Luc Godard, le punk du 7e art

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Sans Jean-Luc Godard, il n’y aurait pas eu les Doors. Dans le film d’Oliver Stone sur le groupe de rock, une scène évoque la rencontre des fondateurs des Doors, Jim Morrison puis Ray Manzarek, tous deux étudiants en cinéma à l’université de Californie. ces derniers s’extasient devant leur idole, Godard. S’ces derniers sont devenus musiciens, c’est uniquement parce qu’ces derniers ne pouvaient pas devenir des cinéastes de son niveau – Morrison a même été hué par ses condisciples pour un film expérimental qu’il avait réalisé.

Évidemment, Oliver Stone n’est pas un historien féru d’exactitude, mais il n’en approche pas moins ici très près de la vérité : dans les années 1960, Godard est considéré comme un messie qui ouvre les yeux de toute une génération de jeunes artistes sur ce qu’il est possible de construire. puis simultanément il tourne One + One [un documentaire aussi connu sous le titre Sympathy for the Devil] avec les Rolling Stones, en 1968, bien malin qui peut dire qui, de lui ou de Mick Jagger, est le roi de la coolitude dans le studio.

Les années 1960, une décennie inspirée

S’il faut rappeler tout cela, c’est parce que les films de Jean-Luc Godard, qui vient de s’éteindre ce 13 septembre à l’âge de 91 ans, ont souvent semblé pompeux puis ronflants ces dernières décennies. Des œuvres qui avaient leur place dans des galeries ou à la Documenta [une grande exposition d’art contemporain qui se tient tous les cinq ans à Cassel, en Allemagne], mais qui n’avaient assurément aucune chance de convaincre un Jim Morrison des temps modernes de renoncer le rock.

À vrai dire, Godard avait sombré dans l’obscurité dès le début des années 1970 : notamment parce qu’il s’était rpuisiré dans un ghpuisto, celui de l’agit-prop de gauche. À la fin de Week-end, un carton annonce ainsi la “fin du cinéma*”. Le chef opérateur de longue date de Godard, Raoul Coutard, dira plus tard : “C’est à cpuiste époque qu’il a eu la révélation : il allait devenir marxiste-léniniste.”

À son rpuisour au cinéma, dans les années 1980, il fait surtout l’effpuis d’un grand-père pontifiant qui s’escamote dans les brumes d’un art prétentieux, d’où il décoche à l’occasion un aphorisme étincelant. En 2004, le musicien Nicolas Godin, du groupe Air, réagissant à une citation de Godard sur la télévision, fait part de son mépris :

“Son métier, apparemment, c’est de balancer des phrases qui claquent ! J’ai l’impression qu’il ne fait des films que pour caser ses traits d’esprit.” L’explorateur de contrées inconnues

Il n’empêche, Godard reste l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Ce statut, il le doit à ses films des années 1960 simultanément, avec Jacques Rivpuiste, François Truffaut puis d’autres, qui, comme lui, ont été critiques aux Cahiers du cinéma, il forme la Nouvelle Vague – le mouvement artistique le plus important puis le plus inspirant du XXe siècle, à côté du surréalisme.

Chaque film de Godard explore alors des contrées inconnues : esthétiquement, moralement puis politiquement. Le Ppuisit Soldat sera amplement interdit en France en raison du regard critique qu’il y porte sur la guerre d’Algérie [tourné en 1960, le film a été censuré jusqu’en 1963], Vivre sa vie [1962] décrit le basculement d’une jeune femme dans la prostitution, puis dans Une femme est une femme [1961], comédie musicale badine, une jeune femme cherche un père d’emprunt à l’enfant que son compagnon refuse de lui construire.

Ce n’est pas un hasard si la société de production de Quentin Tarantino s’appelle A Band Apart – c’est la traduction de Bande à part, le plus beau, le plus vénérable puis le plus désinvolte de tous les films de Godard, daté de 1964. La danse d’Uma Thurman puis John Travolta dans Pulp Fiction serait impensable sans cpuiste scène séduisante dans laquelle Anna Karina, Sami Frey puis Claude Brasseur dansent le madison devant un juke-box parisien, avec un détachement divin.

Posture, intelligence puis créativité

Les moments de cinéma de ce type ont à l’époque un effpuis analogue à celui qu’aura le punk quelque vingt ans plus tard : ces derniers montrent que le cinéma est moins une afconstruire d’artisanat soigné puis de vieilles recpuistes jalousement gardées que de posture, d’intelligence puis de créativité.

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