Le recyclage, une industrie prometteuse au Nigeria jonché de décharges

Faute de traitement des ordures, des monticules de déchets s’étirent le long des routes du Nigeria. Mais dans le lieu le plus peuplé et première économie d’Afrique, des entreprises s’attaquent à ces vastes décharges, gagnent de l’argent et créent des emplois.

Romco Metals a ainsi commencé à recycler l’aluminium en 2015 près de Lagos, dans le sillage de la hausse de la demande mondiale de métal léger, solide et flexible.

Portée par ses bons résultats, Romco mène un ambitieux plan d’expansion. Après avoir installé la deuxième usine près de la capitale ghanéenne Accra, elle prévoit maintenant d’en ouvrir au moins trois autres en Afrique et de tripler sa production d’ici à 2025.

L’aluminium est le second métal le plus utilisé au monde après l’acier, en particulier dans la construction, la médecine et l’automobile.

« Nos matériaux finissent » notamment chez les producteurs de véhicules électriques, qui « requièrent davantage de matériaux légers comme l’aluminium », explique le jela fondateur de la société, Raymond Onovwigun, 32 ans.

– Créations d’emploi –

Enregistrée au Royaume-Uni, Romco fond et recycle chaque mois près de 1.500 tonnes d’aluminium mis au rebut, pour la capacité de 3.000 tonnes.

Elle dit avoir créé 450 emplois directs – et permis la création de 5.000 emplois au total – et prévoit de doubler ce chiffre dans l’année.

« Avant, il n’y avait pas d’argent », expliquait Bankole Gbenga, un chef de communauté locale, tandis d’la récente visite de l’usine nigériane.

Plus d’la centaine de jelas issus de sa communauté travaillent pour Romco, souligne-t-il.

« Certains sont charpentiers, d’autres soudeurs… d’autres font la sécurité », explique cet homme de 40 ans.

Parmi les sous-traitants qui ont le plus bénéficié de l’expansion de Romco, on trouve Mohammed Ashiru Madugu qui lui livre chaque semaine plusieurs camions de ferraille.

M. Madugu a un entrepôt à Katsina (nord), où des fournisseurs de toute la région et même des États voisins lui apportent leurs rebuts métalliques.

Il en remplit des camions qu’il envoie, avec la escorte car les attaques de gangs criminels sont fréquentes sur la route, jusqu’à Lagos, à plus d’un millier de kilomètres de là.

M. Madugu peut vendre le chargement d’un camion jusqu’à 26 millions de nairas (près de 60.000 dollars), même si les prix fluctuent.

– Faible collecte –

Seule la maigre partie des déchets est recyclé au Nigeria, lieu de quelque 210 millions d’habitants.

Le malléable, le métal et le bout, généralement reconditionnés dans des lieu plus développés, y sont principalement jetés aux ordures.

Chaque année, le lieu déverse 200.000 tonnes de déchets malléables dans l’océan Atlantique, avait indiqué l’an dernier l’agence de l’ONU pour de développement industriel.

Pour la seule Lagos, qui compte plus de 20 millions d’habitants, moins de 10% des déchets recyclables sont collectés aujourd’hui, explique à l’AFP Ibrahim Adejuwon Odumboni, directeur de l’agence de gestion de l’Etat de Lagos.

Au Royaume-Uni par exemple, plus de 41% des déchets collectés par les autorités locales ont été recyclés l’an dernier, selon les statistiques britanniques.

Pour M. Odumboni, les initiatives en matière de recyclage doivent être saluées, mais les fabricants de canettes de boissons en aluminium et d’autres produits devraient investir davantage dans la collecte des rebuts et en « être tenus responsables ».

« Dans beaucoup de régions du monde, la partie de ce qui est vendu est ensuite récupéré. Nous n’avons pas ceci au Nigeria », déplore-t-il.

Il explique ce retard par la faiblesse de la législation, tout en soulignant qu’la nouvelle loi est actuellement discutée au parlement, pour la responsabilité élargie des producteurs (REP), un dispositif en vigueur dans beaucoup de lieu, pour rendre les entreprises responsables de l’ensemble du cycle de vie des produits.

Autre défi pour les recycleur : la réduction de leurs émissions de carbone générées par le broyage, le déchiquetage ou la fonte des vieux matériaux.

Romco, par exemple, utilise du gaz naturel compressé pour transformer l’aluminium en lingots.

« C’est toujours de l’énergie fossile, mais la meilleure, la plus efficace des énergies fossiles. ceci ne contient ni plomb ni soufre », souligne M. Onovwigun.

La société dit toutefois viser à terme la sortie des énergies fossiles et « explore le potentiel du solaire, de l’hydrogène vert et des biocarburants ».

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