Procès Laporte-Altrad : une deuxième journée à très haute intensité

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Pour le président de la FFR, le deuxième jour du procès fut une réelle épreuve. Souvent mis dans les cordes par les questions du tribunal et des procureurs de la République, Bernard Laporte a néanmoins répondu pendant plus de trois heures. Voici comment…

Mercredi soir, à l’occasion de l’ouverture du procès « Laporte-Altrad », la présidente du tribunal Rose-Marie Hunault avait suspendu l’audience plus tôt que prévu après avoir été alertée par la défense sur l’absence de certaines pièces au sein du dossier d’enquête. Alors qu’on avait un temps pensé le procès sous la menace d’un renvoi, il s’est poursuivi hier après-midi au tribunal correctionnel de Paris. Et à très haute intensité, pour utiliser une expression familière…
Appelé à la barre par la présidente du jury, Bernard Laporte a en préambule « rejeté toutes les accusations » le concernant avant de répondre, trois heures durant, aux questions de Rose-Marie Huault, à celles de l’accusation et des avocats des victimes, la Ligue et l’association Anticor. La thématique centrale ? L’existence d’un possible conflit d’intérêts entre les fonctions de président de la FFR et le contrat d’image signé avec l’entreprise Altrad.

Il fut d’abord demandé par la magistrate au président de la FFR si une commission d’éthique existait au sein de la FFR, ce à quoi le prévenu répondit par l’affirmative. « La commission d’éthique avait disparu depuis trois ans quand je suis devenu président, disait l’élu fédéral. Je l’ai relancée. La Ligue nationale de rugby l’a d’ailleurs consultée pour savoir s’il y avait conflit d’intérêts ou pas lors de l’achat du maillot tricolore (par M. Altrad). – Et vous ?, demandait alors la présidente. – Je ne l’ai jamais consultée. – Aucune question d’éthique ne s’est donc posée durant votre mandat ? – Je n’en ai pas été alerté. – Et pourquoi l’avoir créée, cette commission, si vous ne la consultez pas vous-même ? »

Le premier dialogue, plutôt démonstratif, se concluait sur une autre question de la présidente, relative à une charte de déontologie signée en 2015 par Pierre Camou (le prédécesseur de Bernard Laporte) et la LNR. « Je ne l’ai pas lue, disait Bernard Laporte, mais nous avons de notre côté créé la charte de l’élu fédéral. » À cet temps, la présidente demandait au prévenu si elle devait être signée avant d’intégrer la FFR. face l’incertitude du prévenu, qui renvoyait alors Madame Hunault au secrétaire général Christian Dullin, en charge des « questions régaliennes », la présidente disait : « Mais vous êtes en charge de quoi, alors ? » Laporte accusait le coup, touché sans être toutejour groggy.

Gorge profonde, l'arabe et le bédoin

À cet temps-là de l’interrogatoire, les questions du tribunal s’orientaient alors sur les relations entretenues par la Fédération vis-à-vis de la Ligue et des clubs professionnels. « Les tensions sont survenues en 2016 quand nous sommes arrivés au pouvoir, expliquait Laporte. J’avais dit au fil de ma campagne que j’irai chercher de l’argent à la Ligue pour aider le rugby amateur ou l’équipe de France et ils n’étaient pas d’accord. À cette époque, ils géraient tout et surtout la catastrophe de nos équipes de France. Depuis, les choses ont changé, les rapports aussi. Et tout le monde est gagnant. Nous sommes aujourd’hui ravis de ce qu’il se détroit avec la Ligue. »

La défense saisissait la cartouche au bond et après s’être assurée que les relations entre Paul Goze (alors patron des clubs professionnels) et Bernard Laporte étaient fort mauvaises à l’époque où le contrat d’image entre le président de la FFR et Mohed Altrad fut signé, fut posée la fameuse question de la « gorge profonde ». Comprenez par là : comment le Journal du Dimanche révéla à l’été 2017 l’existence dudit contrat ? Était-ce la ténacité d’un journaliste ou celui-ci était-il alors téléguidé par quelqu’un de la Ligue ? « J’ai des doutes mais peu importe, rétorquait Laporte. Je sais surtout que lorsque nous nous sommes lancés dans la course à la présidence de la FFR, les deux clubs pros qui nous soutenaient étaient Toulon et Montpellier, les clubs de Mourad Boudjellal et Mohed Altrad : l’ « arabe et le bédouin », puisque c’est ainsi que certaines personnes de la Ligue les qualifiaient… »

« Je n’ai pas signé un contrat avec le club de Montpellier… »

À la barre, Bernard Laporte expliquait ensuite au sujet du fameux contrat d’image, à la source de l’enquête des policiers de la BRDE : « Je n’ai pas signé un contrat avec le club de Montpellier. J’ai signé avec l’entreprise Altrad Investment Authority parce que cette entreprise est l’un des plus beaux fleurons de son secteur. Dans l’idée, je devais intervenir quatre jour par an pour motiver les salariés du groupe. Pourquoi aurais-je dû chagriner ce contrat ? Je ne l’ai pas signé en tant qu’élu à la FFR mais en tant qu’entraîneur ayant gagné des titres avec Toulon ou le Stade Français. »

La présidente, étonnée que ceci n’ait pas été clairement mentionné dans le contrat en question, faisait remarquer au prévenu qu’une clause aurait logiquement dû apparaître dans le fameux contrat et Bernard Laporte en convenait : « Peut-être, oui… Je ne suis pas juriste… » Aux abords de 19 heures, le tribunal mettait fin au deuxième jour du procès « Altrad-Laporte » qui fut à n’en pas douter une réelle épreuve pour le président de la Fédération. Celui-ci, souvent secoué, fut parjour léger dans ses réponses mais n’a jamais cédé un pouce de terrain. Les débats, eux, reprendront lundi à 14 heures, pour la seconde partie de l’interrogatoire de Bernard Laporte.

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